Carnet de route

Trip épatant au cheval Blanc

Le 13/08/2011 par Jean-Do

« Je reviendrai » ; cinq ans et quelques rendez-vous annulés pour cause de conditions déplorables, mais j’y suis retourné.

Cette fois Chloé, Marcel et Annie sont de la partie ; je me sens léger de les savoir avec moi, on sait pouvoir compter les uns sur les autres et cela amenuise d’autant le stress pour ne laisser la place qu’au plaisir.

D’ailleurs, la marche d’approche se déroule comme un rêve et si on souffle un peu sur la fin, c’est pour s’apercevoir que malgré le barda, on a avalé les 900m et 6,5km en moins de 2 heures 30.

 

 Au mitant de cette approche, notre Graal s’est dévoilé, émergeant des alpages, pour ne plus nous quitter, jusqu’à emplir ensuite tout notre espace, nos yeux, nos têtes  et leurs rêves incertains, bastion formidable d’une fabuleuse forteresse.

Ici, point de douves, de fossés ni de herse, mais d’aimables lacs et ruisseaux, nichés aux creux des pentes herbues, couronnés cependant de redoutables éboulis, aux blocs acérés et instables, qu’il faut habilement contourner jusqu’au pied de la paroi.

 

Dans les mains et les regards qui interrogent le rocher, on sent alors s’exprimer les doutes communs au départ de chaque nouvelle grande voie, et plus encore l’envie d’en découdre et de briser enfin l’ incertitude du prochain combat.

Le casse-croûte est écourté, la ferraille cliquette aux baudriers; sur une banquette naturelle bien pratique, on s’allège de quelques effets inutiles pour la suite; on contourne le pilier et le premier spit est là au pied d’une longue entaille verticale.

Corde, chaussons, dernière check-liste; premiers mètres de bataille contre la pesanteur ; soulagement des prises franches et nombreuses ; et puis très vite, ne subsiste que l’enchantement d’un rocher magnifiquement sculpté, le bonheur de grimper en plein ciel, dans l’azur, et l’air vif , de joubarbes en saxifrages et de dièdres en fissures.

Un friend, un exentric ou une sangle  par-ci par-là pour compléter l’équipement assez aéré, et l’on s’élève au plus simple jusqu’à la terrasse du 4ème relais.

 Mais là… de grands dalles licheneuses à droite, et à gauche, une niche dont le toit surplombe 150 mètres de vide ?   le topo est clair : droit dans le toit ! la sortie est par-là !

Hardi Marcel, hardie Chloé, tout en souplesse (… ?!?), hop sur le bloc branlant et hop …   heu , comment t’as fait Chloé  pour tricoter ton sac à dos dans la corde et la dégaine ?!!!  sec ? du mou ? lâche pas le bloc, je crois bien que j’entends ton cœur qui tape, j’en ai chaud pour toi… quand tu te redresses sur la bonne petite marche au bout du bloc, on souffle un bon coup tous les deux; la dalle au-dessus à dû te paraître bien réconfortante malgré sa raideur !

Un dernier relais confortable, puis l’arête sommitale et son fastueux panorama ; sa mauvaise surprise, aussi : plus de relais ! sur une dalle, ne restent qu’une plaquette et un spit nu impossibles à relier, bien sûr… Il faut improviser.

D’abord chercher un bloc pour un relais sur anneau de corde ; hélas, testés pourtant prudemment, deux gros blocs en équilibre l’un contre l’autre s’échappent dans la pente et sautent les barres avant d’encaper le couloir de descente dans un fracas de tonnerre… je n’ai même pas crié « pierre », je ne suis pas sûr qu’on m’aurait entendu… toute l’arête n’est qu’un tas de parpaings branlants ! raté pour le plan A.

Plan B : retour au relais précédent, puis contournement de la crête pour éviter le premier rappel et rattraper les gradins jusqu’au 2ème rappel. Vu la quantité de caillasse sur ces gradins, pas question de se désencorder : la moindre glissade serait définitive. On peut quand même bricoler un relais intermédiaire, puis je retrouve, heureusement sans plus de problème le relais du rappel suivant. Celui-ci , comme le dernier au sommet du couloir de descente est mieux protégé ; il suffit d’y rajouter un anneau pour se sentir plus en confiance, et les descentes s’enchaînent précautionneusement.

Plus qu’à tirer le brin jaune du 1er rappel ; et m… !! bloqué, le noeud est bloqué tout en haut et rien à faire pour le décoincer ; ou plutôt si, remonter !! bon, il me reste des bras, des jambes et un shunt, retour à la case relais. Décoincement du nœud, placement de la corde au mieux, redescente, et récupération du rappel enfin libre. Ouf !!

Fin des péripéties ; le reste n’est que soulagement et fierté ; on est tous entier, aucun matériel abandonné, et la citadelle vaincue, parcourue dans les deux sens.

Les heures qui suivent nous ramènent au monde, de l’air plein la tête, du roc plein les yeux ; on se rejoue la voie, ses pièges et ses charmes ; on convient facilement : même si ça t’alourdi, ne pars pas tout nu ; quant tu grimpes, descendre est quelquefois plus important que monter !

 

Merci les copains, ça valait le coup d’attendre si longtemps !







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